Les faits (source : un article de Andy McCue, Silicon.com)
Wipro, une SSII Indienne performante de 88 000 employés recrute au Royaume-Uni pour se rapprocher de ses clients, profitant d'une manne de diplômés locaux opérationnels immédiatement. Est-ce un signe supplémentaire du phénomène de "reverse offshoring" (délocalisation à l'envers)?
La SSII indienne Wipro augmente ses effectifs en Europe, sur les terres de ses clients. L'entreprise de Bangalore va ouvrir un site de développement de logiciels au Royaume-Uni, près de Londres, où elle compte embaucher des centaines de personnes. Il viendra compléter son site de 300 salariés à Reading, qui devrait lui aussi être renforcé pour passer à 500 personnes.
Les allègements d'impôts offerts par le gouvernement et la proximité de jeunes diplômés, formés en sciences et ingénierie, sont ses principales motivations. Avec à la clé la possibilité de vendre, plus cher, des services informatiques et du des prestations de conseil haut de gamme.
« Nous voulons bâtir un cadre qui nous donnera une image plus propice pour décrocher des contrats au niveau local », a expliqué Azim Premji, président de Wipro, lors d'une conférence à Bangalore la semaine dernière.
Wipro compte 88 000 salariés dans le monde, dont 6 500 dans l'UE. La SSII prévoit de faire progresser son effectif européen de 28 % aujourd'hui vers 50 ou 60% d'ici 5 ans.
Autre exemple :
Pour conquérir le marché américain, Tata Consultancy Services (TCS) a aussi adopté le "reverse offshoring" en ouvrant un centre de 1000 salariés, dans l'Ohio. Wipro a fait de même dans le Michigan et en Géorgie pour proposer une assistance de proximité haut de gamme aux entreprises.
Et Renault demain ?
Renault Dacia fait face actuellement à une grève illimitée de la plus importante des usines du Monde qui fabrique le gros succès commercial low cost du moment : la Logan !
Revendication des salariés : augmentation de salaire de plus de 65% ! La direction en propose moins de 20% sur des salaires moyen autour de 280 €. Le conflit risque de couter très cher à Renault Dacia qui a déjà du mal à faire face à la forte demande...
(voir aussi le Blog d'Olivier Bouba-olga qui traite notamment de la productivité des PECO : lien ci-contre)
Mon avis sur la question...
Cet exemple de délocalisation dans les pays de l'Est, en plein boum depuis 2005, ou en Asie, demain en Afrique ?, illustre peut-être l'émergence d'un nouveau risque pour les grandes entreprises occidentales... Celui de perdre à moyen long terme bien plus qu'elles ne vont gagner à court terme...
Trois risques devraient les inciter à la prudence :
1/ celui du rattrapage progressif des niveaux de vie dans les pays "émergents". Ces revendications existent de plus en plus en Chine et en Inde. Elles sont bien entendu une bonne nouvelle pour le développement "humain" des populations concernées et une bien moins bonne pour les actionnaires et fonds de pension occidentaux qui réclament des ratios financiers toujours plus élevés.
A ce stade, je trouve plutôt jubilatoire l'idée que les capitaux Indiens (confère aussi le rachat de Jaguar et Range Rover par Tata ce 27 mars) et Chinois viennent "s'implanter" chez nous...
2/ celui que les experts nomment "le coût des externalités", c'est-à dire le coût complet de la délocalisation, qui pourrait en réalité s'avérer moins profitable que ce qui est "vendu" aux actionnaires pour faire monter les actions. Un exemple : le coût des transports, qui ne cesse de croître, peut déjà remettre en cause les délocalisations en Asie pour certains produits qui reviennent en Europe pour être vendus en l'état... D'autres coûts de même nature existent : la corruption par exemple, coutumière dans les administrations indiennes (Cf. Challenge du 20 mars)...
3/ celui du risque sociétal : les fonds éthiques et l'investissement socialement responsable progressent chaque année dans les pays occidentaux. Ils intègrent particulièrement les approches environnementales (CO²) responsables et les comportements sociaux citoyens... Ils militent à terme pour un alignement des pratiques entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud, même si le chemin sera long...
Pour moi, la réponse tient en deux mots : le développement durable !
La croissance est un acquis "idéologique" à conserver. Mais il faut sortir de l'idée que le prix à payer par la planète et l'écrasante majorité de sa population sera toujours inférieur aux profits réalisés par une minorité. En ce sens, le développement durable pourrait aboutir, d'ici 20 ou 30 ans, une fois que les niveaux de vie dans le monde se seront "moyennés" en limitant les écarts-types, à un retour en grâce d'un développement local au détriment d'une mondialisation qui aura participé à détruire la planète et à creuser les fossés entre les urbains et les ruraux, les riches et les pauvres. Caricaturalement, la question est simple : peut on se passer de raisin en février ou de fraises en novembre ?...
Et vous, vous en pensez quoi ?
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1 commentaire:
pourquoi pas:)
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